Farid El Asri a été pendant quelques années professeur de religion musulmane. Aujourd’hui il est en pause carrière et se consacre à une recherche doctorale en anthropologie. Il exerça dans l'enseignement primaire et secondaire, aussi bien dans le réseau officiel que dans le libre subventionné. Pouvoir débattre avec des collègues d'autres confessions a toujours été pour lui essentiel, une source d'enrichissement mutuel et non un luxe auquel s’essaient des collègues « gentils ». Essayer de déconstruire ensemble les événements, les perceptions mutuelles du monde, l’actualité en ne s'amputant pas de la complexité et de la globalité des réalités humaines lui parait essentiel. Et c'est là l'une des lignes de conduite de son enseignement: fournir aux élèves une grille d'analyse solide, des outils pour décoder au-delà des apparences et des critiques sans nuances, amener l’apprenant à une autonomisation de son intelligence, à la rigueur que nécessite l’ouverture à l’autre, à la compréhension et à la connaissance profonde des marqueurs de sa foi. "Connaître c’est le moyen pour reconnaître, se reconnaître soi et l’autre. La reconnaissance de l’autre est fondamentale si vivre ensemble signifie quelque chose comme un projet sociétal. »
Avoir des cours philosophiques dans le cursus scolaire et en même temps y aborder une histoire des religions, une approche comparatives est sain en soi, si cela s’avère complémentaire pas si c’est exclusif ou excluant l’acquis des cours de religion et de morale. Le dialogue entre personnes de différentes religions permet aussi à chacun de se sentir plus proche de sa foi. <I>"S'enrichir mutuellement autour d'une plateforme commune de valeurs universelles ne peut se faire que si l'on travaille ensemble dans la confiance."<P> Et la confiance ouvre un vrai chantier de dialogue, là où les questions épineuses sont posées au vis-à-vis, parce qu’avec lui, je me décentre pour m’imbiber de son univers de référence et ainsi mieux comprendre, pas nécessairement être d’accord.
Enseigner la religion islamique aux jeunes belges c'est avant tout les outiller à la notion de Dieu, au fait que la vie a donc un sens. Nous sommes aujourd’hui immergés dans un monde ou la vitesse impose la superficialité, où l’hystérie du rendement étouffe la question des finalités. Il est clair que beaucoup de jeunes sont absorbés et sont l’avant-garde de notre société qui fuit vers l’avant. Ils sont tentés par les modèles de réussite liés à l'argent. Une sorte de philosophie de l’avoir prime chez eux par rapport à la philosophie de l’être et de l’acte. On enseigne, on éduque trop souvent comment faire les choses mais on ne dit pas assez pourquoi, on ne pose pas assez la question du sens des actes posés. Le cours de religion c’est un espace-miroir avec les questions existentielles où la liberté et la responsabilité vont de pairs.
Sur de questions liées à l’actualité, j’essaie de décoder avec eux les réalités en dépassionnant le débat par l’offre de lunettes qui permettent une analyse sereine. La cohérence des propos est vitale pour l’enseignant, il en va de sa crédibilité. J’essaie en fin de compte d’éviter les confusions entre « l’écran de télé et le voisin de pallier ».
Publié dans le Ligueur - Hiver 2006
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