Vendredi 30 mars 2007
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La Libre Belgique – Débats/Spiritualité. Mardi 11 avril 2006
Farid El Asri
Chercheur au Centre interdisciplinaire d’études de l’islam dans le monde contemporain
(CISMOC – UCL)
Cette formule est citée par les croyantes et les croyants musulmans lorsque est mentionné le nom du Prophète Mohamed. Elle prend une signification particulière lors de la célébration de la fête du Mawlid qui commémore la naissance du Prophète et qui sera célébrée, cette année, le 11 avril prochain.
La tradition musulmane compte deux fêtent principales: la fête de la rupture du jeûne à la fin du mois de Ramadan et la fête du sacrifice en fin de Pèlerinage à La Mecque. Mais les commémorations sont innombrables et s’égrènent sur tout le calendrier musulman. La naissance du Prophète est épinglée comme un de ces moments privilégiés. Elle est célébrée au travers de nombreuses expressions populaires, depuis des siècles, dans tout le monde musulman. Les mystiques ont développés tout un art de l’expression panégyrique et de manifestation de leur spiritualité pour glorifier cette venue d’il y a 15 siècles. Elle est un moment où l’amour qu’ils ont pour Mohamed éclot en vers, en invocations et en psalmodies. De ces longues nuits de ferveur se lit une révérence à l’homme qui incessamment les conduit au sens de la vie, à Dieu. La célébration du Mawlid est toutefois critiquée par des courants littéralistes de l’Islam qui s’insurgent contre cette attitude populaire et le risque de « culte » consacré au Prophète.
L’imaginaire musulman est donc habité par ce moment qui commémore la venue prophétique. En Belgique et dans les autres pays européens, il est célébré par d’innombrables manifestions au sein des associations musulmanes, des mosquées et des zaouïas, c’est-à-dire les espaces de rencontres spirituelles de tradition soufie où se rassemblent les fidèles et les invités occasionnels pour des liturgies spécifiques. Les expressions varient en fonction des sensibilités et spécificités. Elles sont donc multiformes et plurielles : des chants de louanges et des lectures du Coran, des causeries où est conté la vie du Prophète, des poésies sur des facettes spécifiques de Mohamed, des rencontres plus académiques, des repas offerts aux fidèles rassemblés à la mosquée, des activités réservées aux enfants, des projections vidéos …
Cette année la fête du Mawlid a un goût particulier. Elle est teintée de l’amertume suscitée par l’épisode des caricatures qui a été ressenti, au-delà de tout débat et récupération politique ou idéologique, comme une blessure par la plupart des musulmans. Elle est aussi marquée par la douleur d’une démesure provoquée en pays musulmans et qui, allant jusqu’à faire des tués, reste aussi extrême que condamnable.
On constate donc un élan au sein des musulmanes et musulmans belges, une sorte de volonté encore plus forte de célébrer cette fête en 2006. Chargés du sentiment qu’il existe autant une difficulté d’être justement entendu que ne subsistent des malentendus au niveau des perceptions. Ils tentent de parvenir à se dire en tant que citoyens et croyants à la fois, loin des crispations et des justifications. Une sorte de démarche participative et de réappropriation. Ainsi, et durant tout ce mois, on s’affaire dans les structures associatives et cultuelles à organiser des creusets de réflexions, des conférences et des débats tels l’association A plus à Charleroi, une autre à Ottignies, des Cercles d’études sur Bruxelles, une activité de plusieurs partenaires ouverte aux concitoyens à Anderlecht ou des activités dans diverses mosquées et zaouïas.
Souvent le but visé est de vivre et de présenter le Prophète, parfois il s’agit de déconstruire des idées reçues et de préciser le témoignage de ce qu’est finalement l’Islam et son messager auprès de concitoyens. Par ailleurs il s’agit également d’interroger les imaginaires respectifs à l’œuvre et qui se sont manifestés lors de cette controverse.
Voilà donc une série de rendez-vous intéressants, pour tous. Une sorte de « mawlid-rallye » du printemps qui participe sans doute d’une volonté de se dire au cœur d’un univers pluriel et où la tradition muhammadienne se veut pérennité des principes universaux qui traverse l’ensemble des aspirations humaines.
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